Métiers d'autrefois, disparus ou raréfiés
Cette rubrique vous plonge dans l'histoire des métiers : l'origine des corporations, leurs us et coutumes, leurs statuts. Insolites, oubliés, raréfiés ou disparus, découvrez ou redécouvrez les vieux métiers de nos ancêtres.
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LES CRIS DES PETITS MÉTIERS DE PARIS
AU XIIIe SIÈCLE (Partie 2/2)
(D'après un article paru en 1833)
Aoust de pesches,
poires de chaillon et nois fresches ;
Primes ai pommes de rouviau,
Et d'Auvergne le blanduriau.
Pêches d'août,
poires de chaillou et noix fraîches.
J'ai les premières pommes de rouviau
et du blandureau d'Auvergne.

Pendant longtemps on ne vendit à Paris que des pêches de vigne ; les plus estimées étaient celles de Corbeil ; voici ce que Louis XIII en écrivait vers 1613 : « La meilleure pêche est celle de Corbeil, qui a la chair sèche et solide, tenant aucunement au noyau. » Montreuil devint plus tard aussi renommé pour ses pêches.

C'est à la Grèce que nous devons les poires : celles qu'on criait dans les rues au XIIIe siècle, sous le nom de chaillou, étaient ainsi appelées parce qu'elles venaient de Caillaux en Bourgogne ; on les mangeait cuites ou confites. Les pommes de rouviau (calville rouge) et le blandureau d'Auvergne (calville blanc), telles étaient les pommes qu'on vendait le plus communément au XIIIe siècle ; trois siècles plus tard, on citait les pommes de paradis, et le capendu ou courtpendu, sorte de pomme que les femmes enfermaient dans leurs armoires pour parfumer leurs robes.

Avec les pommes et les prunelles, les bourgeois et les marchands faisient une boisson que l'auteur du Journal de Paris, sous Charles VI, appelle prunelle ou dépense. Pour donner une idée de l'horrible disette qui désolait Paris en 1420, il dit que « ceulx qui en hyver avoient faict leurs buvaiges comme despenses de pommes ou de prunelles, jetterent au printemps ces fruits dans la rue pour que les porcs de sainct Anthoine s'en nourissent ; mais les pauvres gens, errant en grand nombre par les rues, disputoient ces restes aux cochons, et les mangeoient avidement. »

Huile de noix...

En Provence on assaisonnait les mets avec l'huile ; celle qu'on tirait des olives était la plus estimée ; mais comme elle ne pouvait suffire à la consommation qui s'en faisait par tout le royaume, les provinces, auxquelles sa cherté l'interdisait, y suppléaient et y suppléent encore par des huiles extraites de certaines graines ou fruits huileux que produisent quelques parties de leur territoire. Legrand d'Aussy remarque que dans le Bourbonnais, dans l'Auvergne, la Saintonge, le Limousin, la Bourgogne, le Lyonnais, et autres, le peuple se sert pour salades et pour fritures d'huile de noix ; celle qu'on criait au XIIIe siècle, dans les rues de Paris, servait non seulement pour les aliments, mais encore pour l'éclairage des lampes.

Il est curieux d'observer que les lampes dont on se servait à cette époque ressemblent à celles appelées Creziou, et qu'emploient les habitants des provinces méridionales : au lieu du coton pour la mèche, on y plaçait la moelle d'un certain petit jonc ; il y a même un vers de cette pièce où un crieur dit : J'ai jonc paré pour mettre en lampe.

Vinaigre qui est bons et biaux.
Vinaigre de moustarde i a.
Diex ! a il point de lie la ?
Vinaigre qui est bel et bon.
Voilà vinaigre de moutarde.
Pour Dieu ! N'y a-t-il pas ici de lie (de vin)
à vendre ?

Le vinaigre, c'est-à-dire le vin aigri, était en usage avant le XIIIe siècle : on en connaissait de diverses espèces. Depuis longtemps la moutarde de Dijon est renommée : Champier, qui vivait sous François Ier, c'est-à-dire au XVIe siècle, nous apprend qu'elle s'envoyait sèche et en pastilles. Quand on voulait s'en servir, on délayait une de ces pastilles dans du vinaigre : c'était ce vinaigre qu'on appelait vinaigre de moutarde. Les vinaigriers allaient par les rues, demandant s'il y avait de la lie de vin à vendre ; car ils s'en servaient pour la composition de leurs vinaigres.

Chaus pastés, i a chaus gastiaus,
Chaudes oublies renforcies.
Galetes chaudes, eschaudez.
Roinsolles, ça denrées aux dez.
Les flaons chaus pas nes oublie.
L'autre crie gastiaus rastis.
Je les aporte toz fetis.
Cha des tartes et siminiaus.
Voilà des pâtés chauds, des gâteaux
tout chauds,
de chaudes oublies renforcées,
galettes chaudes, échaudés,
rinsolles, gâteaux à jouer aux dés.
N'oubliez pas les flans tout chauds.
Un autre crie : gâteaux razis.
Je vous les apporte tout faits,
ainsi que des tartes chaudes et des simeniaus.

Les cabaretiers qui donnaient à manger chez eux vendaient ordinairement de la pâtisserie ; ils envoyaient leurs garçons crier et débiter leurs marchandises dans les rues : il y en avait de chauds et de froids. Dans les pâtés chauds on renfermait quelque bonne pièce de viande de boucherie, de gros et menu gibier, de la volaille ou du poisson.

Les oublies renforcées étaient ce que nous appelons aujourd'hui des gauffres ; les galettes chaudes sont celles que nous connaissons encore. Les eschaudez qu'on trouve désignés dans une charte du XIIIe siècle, sous la périphrase de Panes qui dicuntur eschaudati (pains qu'on appelle eschaudés), étaient ainsi nommés parce qu'on les faisait lever en jetant dessus de l'eau chaude : c'était moins une friandise qu'une nourriture économique et commune, puisque saint Louis permit aux boulangers, par grande exception, de cuire les dimanches des échaudés pour les pauvres gens.

Les rissoles, ou roinssolles, comme disaient les crieurs du XIIIe siècle, étaient une espèce d'échaudé ou de galette faite avec de la graisse ou du beurre, mais rissolée dans la poêle ; plus tard on y joignit de la viande hachée. La duchesse de Montpensier en parle dans ses Mémoires ; l'auteur des Cris de Paris dit que ces gâteaux sont des denrées aux dez, parce qu'après souper, le soir, les artisans, les écoliers et autres personnes soumises à des règlements, ne pouvaient jouer que ces friandises aux jeux de hasard.

Les flaons ou flans, dont parle le vers suivant, sont très anciens en France : le poète Fortunat en parle ; il raconte que sainte Ragonde, pour se mortifier, en faisait faire dont elle ne mangeait que l'enveloppe grossière, faite en pâte de seigle ou d'avoine. Quant aux simeniaus, c'était une sorte de pâtisserie connue sous ce nom en Picardie.

PREMIÈRE PARTIE DE L'ARTICLE :
les cris des petits métiers de Paris au XIIIe siècle.


 

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