Métiers d'autrefois, disparus ou raréfiés
Cette rubrique vous plonge dans l'histoire des métiers : l'origine des corporations, leurs us et coutumes, leurs statuts. Insolites, oubliés, raréfiés ou disparus, découvrez ou redécouvrez les vieux métiers de nos ancêtres.
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LES APOTHICAIRES
(Partie 3/3)
(D'après un article paru en 1878)

De même qu'il existait des médicaments pour tous les goûts, il y en avait pour toutes les bourses. C'est ainsi que, dans un traité de pharmacie du dix-septième siècle, nous remarquons successivement un grand antidote pectoral dédié aux riches, puis un petit antidote pectoral pour les gens de basse condition.

Il en est de même pour bien d'autres médicaments : il y a un grand antidote stomacal « pour les riches », un petit antidote hépatique pour gens « de moyenne condition », un petit antidote contre la peste pour le commun du peuple, un autre pour la populace.

Mais ce n'était pas tout : lorsqu'ils pouvaient présenter un médicament sous le patronage d'un nom illustre, les médecins et apothicaires du temps n'y manquaient pas, comme on peut bien penser. L'ouvrage que nous venons de citer mentionne « le vin antiparalytique », ou contre la paralysie, communiqué par les médecins ordinaires du très illustre prince le landgrave de Hesse, le « mélicrat vineux » fait avec beaucoup d'aromates et espices, « lequel a été communiqué », non plus par des gens faisant profession de médecine, mais par « le très illustre prince Frédéric, de bonne mémoire, électeur palatin. » On voit que les apothicaires s'honoraient, à l'occasion, en comptant jusqu'à des princes parmi leurs confrères.

Ce n'est pas là une assertion risquée. En terminant son livre sur la Pharmacopée des dogmatiques réformée, Meyssonnier écrit ce qui suit :


« Tels beaux, rares et excellents remèdes seraient aujourd'hui beaucoup plus séans ès boutiques apoticaires qu'un si grand nombre de boëtes dorées, la plupart desquelles en beaucoup de lieux ne contient sinon du vent inutile.

Enseigne d'un apothicaire du XVIIIe siècle, à Dieppe

Entre les boutiques les mieux ornées et garnies, soit publiques, soit particulières, qui se trouvent partout en Italie, Allemagne et autres pays, je n'en ai veu aucune qui fust à esgaler, tant s'en faut que je die à préférer, à celle qui est à Cassel dedans le chasteau du prince. Les seules médecins du prince, grands personnages et fort célèbres, ne travaillent pas incessamment à la parer et orner ; mais le prince mesme, à sçavoir Maurice, landgrave de Hessen (Hesse), ce grand et puissant prince, ne desdaigne point d'y mettre la main. Je puis asseurer qu'en cette boutique, la mieux polie et la plus exquise de toute l'Europe, j'ay avec plaisir veu plus de mille sortes d'extraicts magistères, essences, et autres préparations chymiques, sans les vulgaires, qui n'y manquent nullement. »

Pouvait-on se recommander d'un nom impérial, c'était encore mieux. C'est ainsi qu'au-dessus des grands électuaires d'oeuf pour les riches, ou des petits électuaires pour le vulgaire, il y avait l'électuaire, tout à fait souverain celui-là, de l'empereur Maximilien Ier ; et comme ce prince avait été empereur d'Allemagne, l'auteur n'oubliait pas de déclarer « que l'Allemagne s'attribue de droit cette prérogative de gloire, à sçavoir qu'elle est vraie nourrice de personnages de grand sçavoir et renom, et mère très fertile et bien heureuse à enfanter un nombre infiny d'excellents remèdes comme nouveaux fruits d'esprits. »

Par le simple toucher, - le remède était très simple - les rois de France, comme chacun le sait, avaient le privilège de guérir les écrouelles. On disait de même, rapporte un traité de pharmacie, du roi catholique des Espagnes. «Toutefois, ajoute-t-il, on n'a point veu encore les effects. » Quelques-uns prétendaient aussi que le Grand Turc, de son côté, guérissait le cancer. Parfois les remèdes avaient une religion. De ce nombre était, pour ne citer qu'un spécimen, le vin purgatif catholique.

A cette époque de médication à outrance, il fallait être, on l'avouera, singulièrement rebelle pour s'écrier, comme le fait la nourrice du Médecin malgré lui : « Pourquoi se faire saigner quand on n'a pas de maladie ? Je ne veux point faire de mon corps une boutique d'apothicaire. »

Les grandes dames opposaient moins de résistance, ainsi que l'attestent les lignes suivantes d'une lettre de Mme de Sévigné à sa fille (2 septembre 1676) : « J'avais auprès de moi, dit-elle, mon joli médecin qui me consolait beaucoup... C'est lui qui m'a conseillé de mettre mes mains (Mme de Sévigné souffrait d'un rhumatisme) dans la vendange, et puis dans une gorge de veau, et, s'il en est encore besoin, de la moelle de cerf et de l'eau de la reine de Hongrie. »

Molière nous indique que les apothicaires des campagnes ne débitaient pas moins de remèdes que ceux des villes. « J'avons dans notre village, dit le paysan Thibaut à Sganarelle, un apothicaire, révérence parler, qui li a donné (à ma femmeà je ne sais combien d'histoires ; et il m'en coûte plus d'eune douzaine de bons écus en lavements, ne v's en déplaise, en aposthumes qu'on li a fait prendre en affection de jacinthe et en portions cordales. Mais tout ça n'a été que de l'onguent miton mitaine. »

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