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LES COUVREURS
(D'après un texte paru en 1881)
Les couvreurs se distinguent en ce qu'ils ne fabriquent rien et mettent simplement en place les produits d'industries très distinctes. Aussi n'est-il peut-être pas mauvais, avant de parler des couvreurs considérés en tant que corps de métier, de dire quelques mots des matériaux qu'ils emploient et de la façon de les mettre en oeuvre. Une fois que les derniers chevrons sont cloués sur la charpente, le couvreur cloue à son tour des lattes, petites pièces de bois assez longues et étroites, en ayant soin de laisser entre chacune d'elles un certain intervalle. Ces intervalles sont ensuite remplis par du mortier. Cet assemblage de lattes et de maçonnerie se nomme le garni de la toiture. Cette méthode avait le défaut de charger la charpente. Aussi fit-on quelquefois usage de nattes de joncs, qui, goudronnées, empêchaient toute infiltration des eaux. Mais c'était là un système très dangereux en cas d'incendie.
Les tuiles furent tantôt carrées, tantôt arrondies à une de leurs extrémités, comme des écailles de poisson. C'est même sous ce nom que, jusqu'au seizième siècle, on réalisait les toitures en ardoises, dont l'usage ne paraît pas remonter très haut. La même forme d'écaille était aussi usitée pour les tuiles en bois ou aisseaux, dont l'on retrouve de nombreux exemples dans les pays scandinaves et même en France : les porches de quelques églises de la campagne du midi sont couverts de la sorte. Disons maintenant quelques mots de la corporation des couvreurs, sur laquelle nous n'avons que fort peu de renseignements. A Paris, l'apprentissage durait six années ; mais, au bout de la troisième année, si l'apprenti travaillait bien, il devenait ouvrier ; et après trois nouvelles années, il était admis à faire un chef-d'oeuvre et à passer maître. A cette occasion, la corporation lui fournissait gratuitement les outils de son état.
Ouvriers employés pour la couverture en ardoises Au XIXe siècle, le prix de la main d'oeuvre est variable suivant les localités : à Paris la journée du compagnon couvreur, été comme hiver, est payée 6 fr 25, celle du garçon couvreur 4 fr 25. La journée d'été du 15 février au 31 octobre se compose de 9 heures de travail effectif au chantier des travaux, plus d'une heure pour aller prendre l'ordre à l'atelier de l'entrepreneur et se rendre ensuite au chantier. La journée d'hiver du 1er novembre au 14 février se compose de 8 heures de travail effectif au chantier et d'une heure employée comme ci-dessus. Les outils de couvreur employés dans la couverture en ardoises Pour s'en servir, on a besoin d'un outil complémentaire appelé enclume. L'enclume est composée d'une sorte de T en fer dont la branche d'équerre se termine en pointe aiguë, on l'enfonce dans le voligeage pour la fixer. La table sert alors pour appuyer l'ardoise et la poser pendant la confection des trous, ou la taille avec le marteau. Enfin, pour la dépose des ardoises dans les travaux en réparation, on emploie un troisième outil nommé tire-clous. C'est une lame de fer mince recourbée à l'une de ses extrémités et munie de dents sur les côtés, mais à l'inverse des fiches de poseur de pierre. Elle permet de passer sous la tête des clous et de les arracher sans détériorer les ardoises qu'ils ont servi à maintenir ; suivant l'encoche utilisée pour ce travail, on prend un point d'appui plus ou moins éloigné sans appuyer sur l'ardoise qu'il s'agit de déposer. Indépendamment de ces outils, les couvreurs ont tous les outils ordinaires communs aux autres corps d'état. |
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